Faites-une pause Netflix  !

Vous êtes accro à Sex Education  sur Netflix ? Ou à Manifestsur TF1 ? Ou encore à Years and Yearssur Canal+ ? Sans oublier le fameux Game of Thrones (que, j’avoue, je n’ai pas suivi). Vous ne cessez d’enchaîner la lecture de livres écrits par… les autres ? Optez plutôt pour éteindre vos écrans ou poser ce livre exceptionnel qui trône dans votre PAL. L’objectif ? Libérer de l’espace dans vos cerveaux. Pour rêver, flâner. Sans être oisif. Mais dans le but, à votre tour, d’écrire ce livre que vous portez en vous. Peut-être même sans le savoir…

Il est sûrement mieux accepté de dire stop aux écrans qu’à la lecture.

Les livres excellents envahissent les rayons et il est bien sûr douloureux de se dire qu’on ne pourra pas tout lire. Mais depuis que j’ai accepté ce constat, je me sens mieux. Et surtout, je ne cours plus après le dernier roman ou essai sorti et encore moins après la dernière série à la mode. Si bien que je ne suis pas à la mode… Ce serait trop épuisant de vivre avec l’éphémère. Alors oui, c’est vrai, je ne suis pas toujours capable dans les dîners de donner mon avis sur tel ou tel événement culturel. Et en écrivant cet article, je mesure à quel point j’ai changé… Pour moi qui ai démarré ma carrière dans le groupe Canal+, qui allais de soirées en soirées, invitée à participer aux avant-premières dans les salles de cinéma ou de théâtre, aux vernissages d’expositions grandioses et qui aimais courir d’événements en événements, je ne me reconnais plus. Ou plutôt disons que ma vision a changé. J’ai fait un choix. Bien sûr, il est toujours vital à mes yeux de me nourrir intellectuellement de la création des autres ou de masterclass (comme par exemple celles d’Eric-Emmanuel Schmitt ou de Bernard Werber en ligne) mais désormais en conscience. Sans la peur de passer à côté de quelque chose si je n’y vais pas. Sans voracité. A dose homéopathique. Pour le plaisir, l’enrichissement, mais aussi pour nourrir l’artiste en moi, comme le conseille Julia Cameron dans The artist Way. Mais au-delà de tout, pour libérer de l’espace et du temps pour écrire. Parce que si je passe mes loisirs à être spectatrice, je procrastine, et, finalement, je fuis ma propre créativité. Tout comme la discipline, le travail, l’exigence que demande l’acte d’écrire.

Le temps est la seule réalité vraiment rare, impossible à produire, impossible à vendre, impossible à accumuler.

C’est un état d’esprit à cultiver quotidiennement, tant notre société est devenue une société du divertissement. Sans parler des informations, des ragots, des notifications, de Candy Crush ou autres jeux débiles qui nous éloignent toujours plus de notre intériorité. Il est plus facile de regarder le spectacle de la vie des autres plutôt que de regarder en face la réalité de la sienne propre. Mais si on veut élever le bien commun de l’humanité (oh les grands mots ! mais il s’agit pourtant de cet enjeu aujourd’hui, non ?), il est peut-être temps d’accepter que nous n’aurons jamais le temps de tout lire, tout entendre, tout apprendre, tout visiter et que le temps est la seule réalité vraiment rare, impossible à produire, impossible à vendre, impossible à accumuler ! Alors si on essayait d’être un peu moins addict sur Netflix (même si l’amplitude narrative des séries est fascinante et inspirante) pour ne pas saturer notre attention qui est forcément limitée ? Les industriels de la distraction surfent sur la culture consommable rapidement et facilement, après une journée de travail, mais il nous revient de ne pas abdiquer et de ne pas laisser tout notre temps libre agoniser devant nos écrans. La lecture repose nos yeux et nos cerveaux tout en nous faisant réfléchir et en réclamant toute notre attention. Mais le pas d’après, pour celles et ceux qui veulent écrire, est de laisser de côté aussi pour un moment les livres. Pour plonger en soi à l’écoute de ce que l’on porte comme histoire à partager. Ce qui me rappelle cette belle phrase tirée du film A star is born, prononcée par Bradley Cooper : « Avoir du talent, tout le monde en a. Avoir quelque chose à dire et savoir le faire entendre, c’est autre chose. La seule chose qui compte ici-bas est de se faire entendre ».

J’ai écrit cet article pour que nous puissions nous rappeler à quel point il est facile de se disperser dans ce monde qui nous assaille d’informations. Et à quel point il devient vital de débrancher parfois et de se dire, exactement comme je le rappelle aux auteurs que j’accompagne, que nous avons tout en nous, pour se lancer dans l’écriture d’un livre. Peu importe ce qu’il deviendra. Mais si ce livre a besoin d’éclore, il a besoin de toute l’attention nécessaire, même si les histoires fleurissent de toutes parts. Le monde a besoin de VOTRE histoire, de votre vision, parce qu’elle est propre à vous, et qu’elle peut servir d’une manière ou d’une autre. Reprendre ce temps qui nous revient est le secret, plutôt que de l’offrir à d’autres, trop souvent…