S’ouvrir au Nouveau Monde

Il y a quelques jours, je ne savais pas encore que j’allais vivre une drôle d’expérience. J’étais happée par le tourbillon du mois de juin, les jours défilaient, j’enchaînais les tâches de ma to do list inlassablement. Et le 27 juin, je stoppais tout. Pour 2 jours et demi. Destination Lisbonne. En fait, ce qui m’attendais là-bas, ce n’était pas un rendez-vous avec la ville. C’était un rendez-vous avec… moi-même.

Un endroit pas comme les autres

Habituellement je ne partage pas mes ressentis personnels. Et puis c’est un blog pro quand même. Je devrais plutôt parler de rédaction web ou de personal branding, pas de mes souvenirs de voyage. Ah bon ? Mais qui a décrété ça ? Ma petite voix rabat-joie ? Et bien que cette fois elle se taise. A quoi bon avoir un blog si ce n’est pas pour se dévoiler, se montrer, célébrer le vivant tout simplement, la richesse des expériences qui enrichissent tant la vie professionnelle.
Donc ce lundi 27 juin, je m’envolais pour le Portugal, destination que j’aime particulièrement comme bon nombre de mes compatriotes apparemment. Qui s’expatrient de plus en plus vers une terre gorgée de soleil, où la convivialité est une banalité, où l’énergie du Tage est une nourriture pour la ville, où le passé et l’histoire imprègnent l’âme de la capitale. Ce même jour je partais pour un break en amoureux, sans avoir eu le temps de préparer quoi que ce soit, presque à l’improviste. En pleine semaine. Une folie.

On atterrit, on file dans un de nos quartiers préférés, le Principe Real, on flâne dans les concept stores, on mange des tapas de morue et de poulpe, des pastel de nata. Et le lendemain, presque instinctivement et d’un commun accord, on loue une voiture. On quitte Lisbonne. Pour la côte. Direction l’océan. Pour répondre à ce qui ressemble à un appel. Pas un nuage à l’horizon. On traverse Estoril, on fait une escale au Casino juste pour se remémorer que James Bond est né là. C’est ici que l’auteur y a trouvé l’inspiration, dans ce lieu aujourd’hui un peu désuet qui devait, à l’époque, être grandiose. Nous longeons la côte. Nous voilà maintenant face à l’Atlantique. Le paysage se transforme peu à peu. Le sable fin apparaît. Les habitations disparaissent pour laisser la place à de grandes plaines verdoyantes. Un vent violent s’invite dans notre périple. Les vagues dansent, tout comme le sable. Des surfeurs se préparent à affronter l’océan. Ce sont bien les seuls. Impossible sans planche de se risquer à se baigner. Le danger guette. La tension monte pour une raison qui nous est inconnue. Nous descendons sur une petite crique avec l’irrésistible envie de goûter l’eau avec nos pieds. En deux secondes me voilà trempée toute habillée, même en ayant été prudente… L’air est chargé. Une sensation bizarre nous envahit, aucun mot assez fort ou juste pour décrire ce paysage sauvage, à seulement une demi-heure de Lisbonne. Nous reprenons la route, à la recherche du village de Sintra et de son château d’inspiration romantique. Nous n’avons pas de plan, nous avons oublié le guide. Nous n’écoutons que notre intuition.

Là où la terre rencontre la mer

Un peu sonnés par cet arrêt venté qui a mis nos pensées sens dessus dessous, nous avançons, scrutant les panneaux. Mais soudain, une attirance nous pousse à tourner à gauche, encore une fois vers la mer. Rien n’indique qu’il y a un quelconque intérêt à tourner là, si ce n’est une sorte de tournesol géant en plastique accrochée au panneau. Comme si là-bas, un soleil d’un genre inattendu nous attendait. Nous filons à travers un chemin cabossé, au milieu de petites maisons typiques d’un autre temps, sur deux kilomètres. Quand soudain, apparaît de nouveau la mer et le vent plus présent que jamais. Plusieurs cars de touristes sont garés. Quelle attraction vaut autant le détoIMG_6116ur ? Nous nous garons, essayons de comprendre ce qui justifie une telle agitation. Un peu plus loin, une falaise, le ciel bleu, l’horizon, infini. Et ce petit bout de terre, le plus avancé de l’Occident, qui invite à se lancer à bras ouverts vers l’inconnu, le Nouveau Monde. Une sensation étrange m’envahit, les vibrations sont sûrement plus élevées qu’ailleurs, je le ressens dans tout mon corps. Comme si le corps, l’esprit et le cœur s’alignaient, ici dans cet endroit où les éléments se déchaînent. Voilà pourquoi tant de monde est attiré par ce point culminant qui se jette dans l’océan. L’endroit où la terre s’arrête et où la mer commence, comme le dit si bien le poète Luís Vaz de Camões. Une colonne s’élance dans le ciel avec à son extrémité une grande croix. La ferveur des portugais pour la religion est connue. Mais là il s’agit de tout autre chose, d’une expérience où l’histoire, la géographie, le climat s’entremêlent et bouleversent les visiteurs, en contact avec des énergies extraordinaires, qui s’expliquent scientifiquement. Et là, j’ai juste envie de me laisser traverser par l’instant présent, intense, inoubliable, ici au Cabo da Roca/Cap du Rocher. Où je me suis rassemblée.

Une fois que j’ai dit ça, pourquoi écrire sur ce moment de vie ?

Pour revenir sur une façon inhabituelle pour moi de lâcher prise. Qui reflète ce besoin aujourd’hui de vivre ainsi : guider non pas par une carte, trop restrictive, mais par une sorte de boussole intérieure, qui mène exactement là où j’ai à aller. En perdant moins de temps, en visant l’essentiel, dans tous les pans de ma vie. Grâce à une intelligence supérieure, qui éclaire le chemin, pour moi et pour les autres. Celle de l’intuition. C’est maintenant le pari que je fais, vivre et travailler bien ancrée, en m’appuyant sur ce mentor intérieur. Pas besoin de coach, pas besoin de livre sur le développement personnel, quand on rencontre cette force en soi, insoupçonnée. Chacun peut projeter sa propre croyance. La mienne est celle-là désormais : quand on ose avoir confiance en la vie, elle nous le rend bien. D’une manière parfois bien inhabituelle.